par Roger BRAUN (Directeur Général de l'Automobile Club Action +)

(Illustration Pierre Klein)
Je viens de vivre une expérience assez particulière, celle d’une ville vraiment sans voiture.
Il faut dire que le contexte sortait de l’ordinaire : Strasbourg, début avril, le Sommet de l’Otan.
Certaines zones sont interdites à toute circulation ainsi qu’à tout passage même de piétons. D’autres sont simplement débarrassées de tout le stationnement et, de façon générale, durant deux journées, sou sla pression médiatique et avec la crainte de ne pouvoir se déplacer librement, l’activité s’arrête et les habitants s’échappent ou se terrent.
C’était unanimement un vendredi et un samedi très particuliers, où l’on pouvait réellement voir une ville sans voiture.
Je dis REELLEMENT car la situation était bien différente de ces opérations plutôt festives intitulées « Journée sans voiture » où tout est organisé pour permettre, de façon exceptionnelle, la substitution à la circulation automobile, d’autres moyens de transport. Là rien de tel. Au contraire, et la ville était vide.
J’entends déjà les adversaires de la voiture glorifiant le silence retrouvé, le calme, l’absence de pollution, etc.
Certes ! Mais ce qui était le plus sensible et présent dans toutes les conversations c’était l’absence de vie. Commerces fermés car sachant qu’ils seraient privés de l’essentiel de leur chalandise habituelle, passages rares, déplacements limités et calculés : on se rend compte à quel point la voiture est source d’animation urbaine, de vie et à quel point son absence provoque une immobilité.
Faut-il s’en plaindre ou au contraire s’en féliciter : à chacun de se faire son opinion. Mais en tout cas, à Strasbourg, les 3 et 4 avril derniers, la ville sans voitures, c’était une ville sans vie.
(Extrait de la revue de l'Automobile Club : Mai 2009 ISSN 1296-3739)